Le Wi-Fi est-il dangereux pour la santé des enfants ?
Et que penser du téléphone mobile ?

par Jean-Paul Figer, ARMOSC

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Ce sujet n'est pas directement dans l'objet de ce site. Cependant, on me pose de plus en plus souvent la question : Wi-Fi ou téléphone mobile sont-ils dangereux pour la santé en particulier celle des enfants ?

edison electric light

Il faut noter que cette crainte est habituelles dès qu'il s'agit de nouveaux produits avec de nouveaux usages. Voici par exemple une affichette placée à côté d'un interrupteur électrique au début des ampoules d'éclairage à l'électricité en 1890 : "Ne pas essayer d'allumer avec une allumette" et "La lumière électrique n'est en aucun cas dangereuse pour la santé et ne modifie pas la profondeur du sommeil". 120 ans plus tard les craintes sur des nouveaux produits (les lampes LED, le Wi-FI ou les téléphones mobiles) sont les mêmes bien que leur rayonnement électromagnétique soit des centaines de fois plus faible !

J'ai donc décidé de traiter ce sujet en vous fournissant les faits scientifiques qui vous permettront de vous forger une opinion. Il est impossible de démontrer que tel ou tel produit n'est pas dangereux. En revanche, il est possible d'en mesurer les effets et d'en déduire un niveau de risques.

La caractéristique commune des bornes Wi-Fi ou des téléphones mobiles est de recevoir et d'émettre des ondes radio. Ce n'est pas nouveau puisque la radio, la télévision et la plupart des systèmes de télécommunications utilisent ces ondes depuis une centaine d'années. Ce qui est nouveau, c'est la prolifération de ces équipements qui sont installés par dizaines de millions à proximité des utilisateurs. Pour  évaluer un niveau de dangerosité, il faut donc comprendre la nature des ondes radio ou radiofréquences (RF) et leur action sur le corps humain.

Petit bréviaire des ondes radio ou radiofréquences (RF)

Les ondes radio ou radiofréquences (RF) sont crées par le mouvement de charges électriques dans les antennes. Ces ondes se composent d'un champ électrique et d'un champ magnétique qui rayonnent dans l'espace à partir de l'antenne. Leur vitesse de propagation est la vitesse de la lumière. Ce qui différencie les ondes, c'est leur fréquence -le nombre de cycles d'ondes par seconde- dont on peut déduire la longueur d'onde -vitesse de la lumière divisée par la fréquence- qui est la distance parcourue par une onde. La fréquence s'exprime en Hz (Hertz), kHz, MHz (1 million) ou GHz (un milliard). Pour donner des valeurs courantes, les fréquences des radios FM sont comprises entre 88 et 108 MHz, la télévision entre 300 et 600 MHz, le téléphone mobile 900 ou 1800 MHz et le Wi-Fi 2400 Mhz (2.4GHz).

Il existe quantités d'autres rayonnements électromagnétiques comme l'infrarouge (la chaleur), la lumière, les ultraviolets, les rayons X et les rayons gamma  : voir le tableau ci-après (extrait de Wikipedia).

table des fréquences

Quels sont les effets biologiques des ondes radios ?

Il ne faut pas confondre les effets des ondes radio avec ceux des rayonnements électromagnétiques ionisants comme les ultraviolets, les rayons X ou les rayons Gamma. Les rayonnements ionisants sont produits par des photons de très hautes énergies, environ des millions ou des milliards de fois plus que ceux des ondes radio. Ces rayonnements ionisants peuvent arracher les électrons des atomes ou des molécules et provoquer des dommages permanents aux tissus biologiques comme l'ADN ce qui peut provoquer l'apparition de cancers

En revanche, l'énergie des photons des ondes radio n'est pas suffisante pour ioniser les atomes ou les molécules des tissus biologiques. D'autres types de rayonnements non-ionisants sont l'infra rouge (la chaleur) ou la lumière visible (heureusement). Le seul effet de ces ondes radios est donc un échauffement sur les corps traversés. C'est d'ailleurs cet échauffement qui est utilisé dans les fours à micro-ondes pour cuire les aliments. A ce jour, le seul effet sanitaire des champs RF établi dans des études scientifiques a été une augmentation de la température corporelle (> 1 °C) lors d'une exposition à des champs de très haute intensité que l'on ne trouve que dans l'industrie, comme avec les systèmes de chauffage haute fréquence par exemple.

Les niveaux d'exposition aux RF des stations de téléphone  et des réseaux sans fil sont si bas que l'augmentation de la température est insignifiante et n'a aucun effet sur la santé humaine. Il faut donner quelques chiffres. La puissance d'une station de base Wi-Fi est limitée à 0,1 Watt et celle d'un téléphone mobile à 2 Watts. Une toute petite partie de cette puissance est absorbée par le corps humain. Par comparaison, les fours à micro-ondes qui fonctionnent dans la même bande de fréquence que le Wi-Fi ont des puissances de 500 à 1000 Watts soit 5000 à 10 000 fois plus qu'un émetteur Wi-Fi. Certes, les ondes radio des fours à micro-ondes sont théoriquement confinées mais au bout de quelques années, il doit y avoir beaucoup de fuites.

En fait, à des niveaux d'exposition similaires aux RF, l'organisme absorbe cinq fois plus de signaux de la FM et de la télévision que des stations de téléphonie ou de Wi-Fi. C'est parce que les fréquences de la radio FM (autour de 100 MHz) et de la télévision (autour de 400 MHz) sont plus basses que celles de la téléphonie mobile (900 MHz et 1800 MHz) et parce que la taille de l'être humain en fait une antenne efficace de réception à ces fréquences. Par ailleurs, les stations de diffusion de la radio et de la télévision fonctionnent depuis au moins 50 ans à des puissances beaucoup plus importantes (de 10 kW  à 2 000 kW pour l'émetteur d'Allouis de France Inter en Grandes Ondes) sans qu'on ait constaté d'effets indésirables sur la santé des populations proches.

En gros, à part une augmentation non mesurable de la température des tissus, il n'y a pas d'autres effets connus. La proximité d'un ordinateur portable qui dégage quantité de chaleur pour refroidir le micro processeur est beaucoup plus notable.

Pour ceux qui jugeraient mes explications insuffisantes, je recommande les sites très bien faits  d'information sur la santé (en anglais) du gouvernement américain ou celui de l'organisation mondiale de la santé (en français) qui fournissent en plus détaillé, les mêmes informations. Un lecteur me signale aussi cet excellent article (en anglais) du National Cancer Institute.

En août 2011, Scientific American a publié les mêmes informations sous une excellente présentation visuelle.

Que faut-il penser de toutes les informations alarmistes qui circulent sur le sujet ?

Comme toujours il faut se poser la question de savoir d'où viennent les informations. Les politiques ou les partisans d'un principe de précaution mal compris -il faut avoir peur de tout même de son ombre- réagissent plus pour faire plaisir à une clientèle qu'en fonction d'études scientifiques. En revanche, on voit souvent des études qui découvrent que dans tel ou tel sous-ensemble de la population, le taux d'une maladie donnée est supérieur à la moyenne. C'est normal et ca veut dire que dans un autre sous-ensemble le taux est inférieur à la moyenne. Par rapport à une moyenne, quel que soit le sous-ensemble, on va toujours constater un écart. Les vraies questions commencent :

  • Est-ce que cet écart est significatif ou est-ce le fruit du hasard ? C'est un peu plus compliqué à calculer qu'un simple dénombrement.
  • Y a-t-il une relation de cause à effet ? Une corrélation n'implique pas une relation de cause à effet.

 

 

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Jean-Paul Figer
© Jean-Paul Figer, 1958-2013

J'ai travaillé pendant 40 ans à Capgemini. Cependant les opinions exprimées dans ces articles n'engagent que moi et ne représentent pas la position de Capgemini.

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